l'histoire complete version francaise.
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Le juge Jean-Pierre Boyer s'est d'ailleurs fâché à plusieurs reprises contre la procureure de la Couronne Josiane Laplante durant l'audience, notamment lorsqu'il a appris que la poursuite a autorisé le dépôt des accusations contre le chauffeur sans voir les vidéos de la scène tournées par des témoins.
La police a saisi les téléphones cellulaires de ces témoins, mais les vidéos n'en ont toujours pas été extraites. Ni la Couronne ni la défense ne les ont donc reçues.
«Tout le Québec a vu les vidéos (...) Moi, je les ai vues à la télévision, puis l'accusé ne les a pas vues. C'est inacceptable », a lancé le magistrat. «Rien ne justifiait votre détention de quatre jours. Je trouve cela scandaleux», a poursuivi le juge.
Le magistrat s'est dit «convaincu» qu'il y avait de la «panique» dans les gestes posés par l'accusé dans la nuit du drame.
Parmi les conditions de mise en liberté, le chauffeur n'aura plus le droit d'embarquer des clients sur le boulevard Saint-Laurent entre 21h et 6h. Sa femme a signé un engagement sans dépôt de 3000$.
Plus tôt dans la journée, le sergent-détective Frédéric Gagné de la police de Montréal a indiqué que les vidéos mis sur YouTube où l'on voit le chauffeur de taxi rouler sur le corps de Benoît Kapelli ne montrent pas tout.
Le chauffeur de taxi a tenté une première fois de heurter «délibérément» la victime de 23 ans avec sa voiture, bien avant de lui passer sur le corps, a souligné le policier qui témoignait à l'enquête sur le cautionnement de l'accusé de 47 ans. Le chauffeur a raté sa cible et heurté un lampadaire, ce qui explique que le pare-chocs avant de la voiture taxi était déjà endommagé, selon ce que l'on voit sur les vidéos.
Le chauffeur a été formellement accusé de voies de fait graves, de conduite dangereuse ayant causé des lésions corporelles, de délit de fuite et de voies de fait armées, lundi, au palais de justice de Montréal. M. Edmond était détenu depuis dimanche.
Ce matin, la poursuite a précisé qu'elle ne s'opposait pas à la mise en liberté de l'accusé, mais qu'elle ne s'entendait pas avec la défense sur les conditions à y assortir. C'est pourquoi on a finalement décidé de tenir l'audience en question.
Les vidéos YouTube montrent «la seconde partie de l'événement», selon le sergent-détective. «À plusieurs reprises, il (l'accusé) avait l'occasion de quitter les lieux», a indiqué le policier.
Trois jeunes hommes, dont la victime, tous «en état d'ébriété avancé», sont montés dans le taxi de M. Edmond au coin du boulevard Saint-Laurent et de la rue Milton vers 3h40 tôt dimanche matin. La circulation était dense et les clients se sont plaints du fait que cela n'avançait pas alors que le taximètre tournait. La victime était assise à l'avant du véhicule. «Il a été question de races. On a parlé d'excision de clitoris», selon le sergent-détective.
La victime aurait alors frappé l'accusé d'un coup de poing au thorax. Les trois jeunes hommes ont décidé de sortir du taxi. Le taximètre marquait 9$, selon ce que le chauffeur a dit aux policiers après le drame. Les jeunes clients parlent plutôt de 5$.
Les clients auraient alors donné des coups de pied sur la voiture. Le chauffeur serait sorti du véhicule, un balai à neige et une bouteille en verre dans les mains. Il aurait lancé la bouteille en direction de M. Kapelli. «Il y a eu bousculade de part et d'autre», a raconté l'enquêteur.
Le chauffeur est remonté dans sa voiture et a continué sa route jusqu'à la rue Rachel alors que les jeunes hommes marchaient dans la même direction. C'est à ce moment que l'accusé aurait foncé «délibérément» sur la victime avec sa voiture et qu'il aurait heurté un lampadaire, toujours selon l'enquêteur.
«Les gens ont commencé à filmer après que le chauffeur de taxi a heurté le poteau», a indiqué le sergent-détective. Des témoins ont alors crié : «Il est fou. Il est malade», en parlant du chauffeur. Une personne a ensuite sauté sur le capot du taxi. Cette personne n'a rien à voir avec l'un des trois clients du chauffeur, selon le policier.
On voit ensuite Benoît Kapelli tenter de donner un coup de pied sur le véhicule de l'accusé. «Il est tombé à la renverse et s'est fait passer sur le corps», a poursuivi l'enquêteur.
L'homme de 23 ans a deux côtes fracturées, la rate et la vessie perforées, des lésions aux poumons ainsi que quelques contusions à l'abdomen.
Le chauffeur a donné sa version des faits aux policiers. Il dit avoir heurté le lampadaire après avoir perdu la maîtrise de son véhicule. «Il ne nous en dira pas plus», a précisé l'enquêteur.
L'accusé doit revenir en cour le 20 juin pour la suite du processus judiciaire.
Plusieurs dizaines de chauffeurs de taxi ont bloqué la rue Saint-Antoine ce matin pour manifester leur appui à l'accusé. Le juge avait d'ailleurs sermonné la procureure de la Couronne, Josiane Laplante, une première fois ce matin en raison du chaos qui régnait dans les corridors et à l'extérieur de la salle d'audience. «Savez-vous combien il y a de gens qui attendent (pour entrer) ?», a dit le juge coordonnateur.
Le magistrat aurait voulu être prévenu plus tôt, afin de prévoir une salle plus grande. La salle dans laquelle se déroule l'audience n'a que 15 places, alors qu'au moins autant de journalistes couvrent l'affaire. De nombreux parents et amis de l'accusé se sont également déplacés. Il a fallu ouvrir une autre salle où retransmettre l'audience, mais elle non plus ne contenait pas assez de places pour tout le monde.
L'accusé n'a pas d'antécédents judiciaires. Il est chauffeur de taxi depuis huit ans. Il travaille d'habitude à l'aéroport Montréal-Trudeau, mais comme la nuit du drame s'annonçait tranquille, il a décidé d'aller travailler au centre-ville.